Samia Ghali : “M. Gaudin, comme les Marseillais en colère, j’attends de vous 2 mesures urgentes”

Monsieur le Maire,

Marseille a vécu une tragédie le 5 novembre dernier. Une tragédie qui, sans doute, aurait pu être évitée, une tragédie qui a coûté la vie à 8 personnes, en a laissé 400 autres dans un désarroi absolu et tétanisé l’ensemble des Marseillais.

Je ne vous écris ni pour commenter l’actualité, ni même pour vous condamner.

Pour autant, je ne vous cacherai pas ma colère qui -au-delà de vous- se porte sur toute une équipe municipale. Une équipe qui, depuis deux décennies, est indolore et indigente aux alertes comme aux propositions formulées sur la sécurité, sur la rénovation urbaine, sur l’action sociale, sur l’école ou encore sur l’habitat indigne.

Sur chacun de ces sujets, la même réponse mécanique et arbitraire: Marseille Bashing.

Une équipe municipale qui, depuis deux décennies, est indigente face aux alertes comme aux propositions formulées sur la sécurité, sur la rénovation urbaine, sur l’action sociale, sur l’école ou encore sur l’habitat indigne.

Alors que les inégalités se creusent dans la deuxième ville de France, apportant leur lot de cruauté, d’indignité et d’insécurité;

Alors qu’un Marseillais sur deux a basculé dans la précarité et que le mal-logement frappe un habitant sur dix;

Alors que l’incompréhension et la colère se propagent dans chaque foyer, dans chaque quartier de Marseille et de France;

Votre majorité ne peut plus rester insensible à l’appel à l’aide du peuple.

Les épreuves de la vie, je le crois, nous démontrent que la politique n’est pas tout, que les clivages partisans ne sont pas la bonne boussole d’aide à la décision.

Vous êtes le Maire depuis 23 ans parce que les Marseillais vous ont choisi; et dans votre fort intérieur, vous le resterez sans doute toute votre vie.

Dans la catastrophe de la Rue d’Aubagne, les Marseillais jugeront dans les choix politiques que vous ferez plus que le Maire, l’homme.

Je ne partagerai jamais le cynisme de ceux qui anticipent un adage bien connu “le roi est mort, vive le roi” car pendant que les acteurs de ce naufrage se terrent, les Marseillais, eux, souffrent et vivent dans la peur.

La première difficulté de la politique du logement dans notre ville est l’absence de définition de vision, de cap. C’est cette non-définition qui peut nous faire croire à un dessein politique caché, celui de vider Marseille et particulièrement son centre-ville de ses catégories populaires, de ses pauvres.

Je suis convaincue de votre attachement à la destinée de chacun d’entre eux et c’est dans cet esprit que je souhaite, par la présente lettre, vous faire part des différentes propositions que j’ai pu formuler, propositions que j’espère vous voir reprendre, dans l’intérêt de Marseille.

La première difficulté de la politique du logement dans notre ville est l’absence de définition de vision, de cap. Cette absence qui créé ce sentiment d’abandon et cette nonchalance. C’est cette non-définition qui peut nous faire croire à un dessein politique caché, celui de vider Marseille et particulièrement son centre-ville de ses catégories populaires, de ses pauvres.

Au contraire, je pense urgent de réaffirmer la dimension populaire de notre ville. Et pour les esprits étriqués qui pourrait s’offusquer, je rappelle que populaire n’a jamais été synonyme d’insalubrité et de dégradé.

Réaffirmer cette dimension est le préalable à la mise en place d’une politique efficace. C’est par cette affirmation que nous pouvons penser des dispositifs pour les populations vivant dans ces quartiers, adaptés à leurs besoins.

La première urgence pour Marseille, est la mobilisation de toutes les énergies. Dans la mise en place du plan de lutte contre l’habitat insalubre, vous devrez mobiliser l’Etat et l’ensemble des collectivités. Chacun, ville, métropole, département, région et Etat doit assumer ses responsabilités et s’engager sur des financements importants.

– Ma première proposition sera donc la création d’une Opération d’Intérêt National dans le Grand Centre-Ville et la création d’ORCOD-IN sur chaque site expertisé comme indigne, j’ai formulé ce jour, lors des questions au Gouvernement, cette attente, il en est disposé.

Je suis cependant bien consciente que cette politique peut prendre un certain temps.

– C’est pour cette raison qu’outre le plan urgent de réhabilitation dont je vous ai parlé, je plaide pour la mise en place du “permis de louer”. La loi Alur le permet et plusieurs communes l’ont déjà mis en place. Concrètement, il permettra à la ville de Marseille d’exiger une déclaration préalable à la location ou une autorisation préalable à la location d’un logement.

Monsieur le Maire, le temps est à l’urgence et à la mutualisation des forces, il en va de l’avenir et de la sécurité des Marseillaises et des Marseillais.

Samia Ghali

Sénatrice des Bouches-du-Rhône, maire honoraire des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille

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