Tribune “Défendre notre modèle social”

Après le renvoie, à la rentrée  de l’annonce du Plan pauvreté, il est encore temps de faire comprendre à E Macron qu’il commet une erreur monumentale en s’attaquant à la SS et au modèle social français.

Ci-dessous notre tribune parue ce jour dans le Huffingtonpost.fr

Bien à vous :

« Le modèle social français : un « pognon de dingue » jeté par les fenêtres ou un système solidaire et protecteur pour tou.te.s ?

Depuis une quinzaine d’années, l’idée selon laquelle les minima sociaux coûteraient très trop cher à la Nation s’est progressivement installée dans notre imaginaire collectif. A force de discours venant de la droite la plus conservatrice, pointant du doigt les personnes les plus pauvres, les accusant de « profiter du système » par paresse, à force de gros titres dans la presse affichant le coût, qualifié d’« exorbitant », de la « fraude sociale », celles et ceux qui travaillent ont maintenant la désagréable impression, lorsqu’ils s’acquittent de leurs cotisations sociales ou de leurs impôts, de payer pour les tricheurs et les fainéants.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quels sont les montants investis chaque année par la France dans les minima sociaux (accusés par M. Macron de coûter un « pognon de dingue »), et quelles sont réellement les grandes masses budgétaires de la protection sociale ?

Le budget global de la sécurité sociale, toutes branches confondues, est de presque 500 milliards d’euros par an : 210 milliards pour l’assurance maladie, 236 milliards pour la branche vieillesse, 50 milliards pour la branche famille.

En comparaison,  les dépenses liées aux minimas sociaux sont bien inférieures : 10 milliards par an pour le RSA, 5 milliards pour la prime d’activité, 3 milliards pour le minimum vieillesse et 1 milliard pour l’AAH.

Pourquoi tous les débats sur les politiques sociales se focalisent-elles depuis plus de 10 ans sur les minima sociaux ? Et en particulier sur le RSA  qui est accusé de creuser à lui seul tous les déficits du pays. Il suffit pourtant de citer les chiffres pour invalider cette hypothèse.

Pourquoi laisser croire aux Français que leur voisin de palier, qui vit avec le RSA, serait responsable à lui tout seul du déficit public de la France ? Certain.e.s femmes ou hommes politiques, pour servir leurs intérêt alimentent les rancœurs, entretiennent les craintes et créer un clivage profond dans la société.

Pourquoi colporter  « l’explosion » supposée de la pauvreté en France, si ce n’est pour  dénoncer une hypothétique inefficacité et ainsi justifier la remise en cause de notre modèle social ? Toutes les études montrent le contraire, notre système de protection sociale a permis d’amortir la crise de 2008 et de protéger les plus modestes. Nous sommes un des rares pays d’Europe où le taux de pauvreté, après avoir augmenté entre 2008 et 2012, s’est stabilisé et a commencé à diminuer en 2017 grâce au Plan pauvreté de 2013 mis en œuvre pendant tout le quinquennat de François Hollande. Si le taux de pauvreté reste encore trop élevé en France, il est désormais inférieur à celui de l’Allemagne, de l’Espagne ou de l’Italie.

Certes les minimas sociaux et les aides au logement ne suffiront pas à lutter contre l’exclusion ? Le Président de la République a raison lorsqu’il déclare vouloir mener une politique de prévention contre la pauvreté, mais il a tort lorsqu’il affirme que les minimas sociaux sont inutiles.

Les minimas sociaux sont nécessaires pour pouvoir survivre, insuffisants pour s’en sortir.

Plutôt que de le dénigrer, il nous faut défendre notre modèle social et l’améliorer.

La « stratégie pauvreté » annoncée M. Macron est sans cesse reportée comme si les pauvres pouvaient attendre. Et les choix déja faits, à ce jour, par le gouvernement ne permettent pas de faire reculer la pauvreté.

Il est à craindre que la lutte contre la pauvreté, annoncée pour la rentrée, soit traitée au travers de  la lorgnette budgétaire.

La simplification des procédures pour l’accès aux droits sociaux avec notamment le versement de toutes les prestations en une fois, serait une mesure efficace, si elle n’était pas couplée à la volonté manifeste de faire diminuer drastiquement le nombre d’allocataires, dans l’objectif affiché de faire des économies..

L’enjeu, si l’on veut faire reculer la pauvreté, c’est d’aller chercher toutes celles et ceux qui n’ont rien, qui ne demandent rien, et de leur donner accès à leurs droits.

Lutter contre le non-recours (l’exemple le plus marquant étant celui du RSA : 30% des personnes qui y ont théoriquement droit ne le demandent pas) est le moyen de rendre plus efficace nos politiques de solidarité.

Cela suppose d’accepter d’augmenter substantiellement le budget de tous les minimas sociaux, et sûrement pas d’anticiper des coups de rabot de plusieurs centaines de millions d’euros grâce à des modifications restrictives des critères d’attribution des prestations. Une méthode qui risque de priver les nombreuses familles qui comptent, tous les mois, les euros un par un.

Difficile pour un enfant de « s’émanciper », même dans une classe de seulement douze élèves, quand la famille n’a pas les moyens de payer les dépenses essentielles pour vivre. Et ce n’est pas le petit déjeuner gratuit à l’école qui va alléger le budget des ménages. Toutes ces bonnes mesures risquent d’être insuffisantes.

De même pour la mise en place de « tarifs sociaux dans les cantines» annoncée par le gouvernement comme une mesure innovante alors que la restauration scolaire relève de la compétence les collectivités locales et non de l’Etat et que bon nombre d’élus de gauche l’ont déjà mis en œuvre.

Nous attendons de Monsieur Macron qu’il aille plus loin, qu’il affiche plus de volontarisme et qu’il mette la même énergie que pour soutenir les intérêts des plus riches !

Il veut faire de l’émancipation son cheval de bataille, il prétend améliorer l’accompagnement de celles et ceux qui sont dans la difficulté et au même moment il diminue les moyens de Pôle Emploi. Il en supprime des postes de conseiller.e.s, dont la mission est précisément d’accompagner les chômeur.se.s à retrouver un emploi ? Pourquoi supprimer dès l’été 2017 des centaines de milliers de contrats aidés ? Pourquoi décider d’asphyxier les Conseils Départementaux, pourtant chefs de file de l’insertion, avec des règles budgétaires insoutenables ?

Lutter contre la pauvreté, c’est aussi faire en sorte que chacun.e puisse se loger dignement.  Le logement social, grâce en partie à l’épargne de tou.te.s, est le patrimoine commun des Français. Depuis la fin des années 70, les allocations pour le logement permettent à des millions de familles de payer leur loyer, et aux bailleurs sociaux de continuer à construire.  En diminuant les APL et donc les recettes des bailleurs, ceux-ci n’ont plus de fonds propres pour pouvoir engager de nouveaux chantiers. Pour que le système continue à fonctionner, pour se substituer à la diminution des fonds propres, il faudrait logiquement augmenter l’investissement de l’Etat dans la construction et donc l’aide à la pierre. Ce n’est manifestement pas le choix qui a été fait par l’actuel gouvernement, qui, non content de diminuer les moyens des bailleurs sociaux pour construire de nouveaux logements, souhaite maintenant les inciter à vendre leurs logements à des sociétés immobilières privées. Ainsi, alors que l’on manque encore dans beaucoup de villes et dans beaucoup de départements de logements à loyer modéré, on peut craindre un effet néfaste cumulé de toutes ces mesures : la construction est de fait déjà en berne depuis le début de l’année 2018.

Economies de « bouts de chandelles » sur les droits sociaux des ménages, diminution des moyens dédiés à l’insertion sociale et professionnelle, mise en difficulté du logement social… Tous ces choix aggravent la précarité et mettent à mal notre modèle social.

Mener une politique de lutte contre l’exclusion c’est porter un projet d’émancipation collective, et non flatter la réussite individuelle de quelques-un.e.s.

Depuis 1945 notre République s’est bâtie sur le modèle de l’Etat social, fondé sur des valeurs d’universalisme et de solidarité. Aujourd’hui, c’est ce modèle auquel nous sommes tou.te.s attaché.e.s qui est remis en cause, tant par les propos méprisants qui sont tenus au plus haut niveau de l’Etat que par les choix qui sont faits.

Ce que propose le Président de la République aux Français, c’est de favoriser l’individualisme, couper la corde de la solidarité pour permettre aux premier.e.s de cordée de monter plus vite, en abandonnant au bord du chemin toutes celles et ceux qu’il considère comme des poids…  Ce n’est pas conforme aux valeurs de la République que les progressistes ont contribué à améliorer au fils des ans.

Il est encore temps de faire comprendre au Président de la République  qu’il commet une erreur monumentale en détruisant notre modèle social qui a fait la preuve de son efficacité et que le monde entier nous envie. »

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